EXPERTISE + LIBERTÉ
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Le Chief Data Officer en 7 questions

Publié le
25/5/2016
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Fabrice Deblock
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Publié le
25/5/2016
Fabrice Deblock
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Qui est le Chief Data Officer, cet expert des données de l'entreprise ? Comment se différencie-t-il de l’autre CDO de l’entreprise, le Chief Digital Officer ? Quels sont ses chantiers, son périmètre, son profil type, sa rémunération ? Quelles sont les entreprises susceptibles de l’embaucher ? Gros plan sur cette fonction émergente avec le témoignage de trois Chief Data Officers et d'un professionnel du recrutement.

1 - Quelles sont les missions du Chief Data Officer ?

« Avant toute chose, on demande au Chief Data Officer d’optimiser, d’exploiter et d’accroître la base client de l’entreprise. Le Chief Data Officer est donc prioritairement garant de la qualité de la donnée client. Mais son périmètre peut aller au-delà et s‘étendre aux données ‘produits’, achats, logistique ou production, dès lors qu’il y a un besoin en la matière », déclare Pierre Cannet, PDG de Blue Search Conseil.

En charge prioritairement des données clients, c’est donc le Chief Data Officer qui met en place les projets de DMP, de big et de smart data. En fonction du périmètre qu’on lui assigne, son intitulé de poste varie. S’il englobe tous les enjeux data de l’entreprise, il est « Chief Data Officer », sinon, sur des périmètres plus pointus, il est Directeur expérience client, Directeur data sciences ou bien encore Directeur data management (les intitulés de postes peuvent être déclinés à l’infini).

« Ma mission principale est la gouvernance des données, depuis leur collecte jusqu’à leur transformation, pour toutes les filiales du groupe. Mon périmètre couvre nos trois principaux métiers : éditeur, régie publicitaire, marchand », note Samuel Profumo, Chief Data Officer du groupe Figaro.

Au sein de Lyon Métropole, Nathalie Vernus-Prost, elle aussi Chief Data Officer, a deux axes d’action principaux : « J’ai tout d’abord pour mission de développer l’ouverture et la circulation de la donnée, qu’elle soit privée ou publique, sur le territoire de la métropole. Je dois également développer la réutilisation de ces données pour créer de la valeur, c’est-à-dire imaginer de nouveaux services numériques, améliorer le cadre de vie de la population, créer des modèles économiques autour de nos données, etc. ». La stratégie data qui a été définie s’articule autour de trois axes forts : l’énergie, la mobilité et le « care ».

Chez BNP Paribas, un poste de Chief Data Officer ‘People et Organisation Repository ’ a été créé. « C’est une innovation en tant que telle sur les métiers RH, peu d’entreprises à ce jour disposent d’une telle fonction à mon sens. Mes missions principales sont la qualité et la sécurité des données RH, afin de permettre leur exploitation conformément aux objectifs de l’entreprise et la prise en considération des obligations réglementaires », déclare Antoine Rial-Petat, CDO People et Organisation Repository chez BNP Paribas.

« Nous travaillons au sujet clé de la définition des données… Aucun mot ne va de soi, il faut définir factuellement chaque item, travailler à la cohérence globale des nomenclatures et surtout en RH, encadrer les usages admis pour chaque donnée conformément aux obligations en matière de Protection des Données des Personnes. Il s’agit parfois aussi de créer de nouvelles catégories de données, ou d’en supprimer pour coller à la réalité de l’entreprise et de ses enjeux. Par exemple : qu’est-ce qu’un manager ? Difficile de le dire si on ne sait pas précisément ce qu’il fait, ce qu’il valide, les évaluations qu’il réalise, les objectifs qu’il fixe… », ajoute Antoine Rial-Petat.

« Nous travaillons aussi au point clé des indicateurs de qualité. Il est par exemple très important de rappeler que toute donnée caractérisant une personne est la propriété de cette dernière et que l’accès à la donnée est assuré. Un des enjeux en lien avec les données est le fait que toute décision RH doit systématiquement être étayée objectivement. Cela dépasse le cadre du métier de CDO sur les sujets RH, mais la définition de l’utilisation des données permet l’élaboration du cadre requis par l’exercice. Dans le secteur médical ou dans le secteur du crédit, tout est cadré. Mais dans les entreprises, le consommateur interne à l’entreprise n’a pas toujours les mêmes droits que quand il est consommateur externe », note le Chief Data Officer du groupe bancaire.

2 - Quels sont les objectifs du Chief Data Officer ?

L'objectif principal de Samuel Profumo, CDO du Figaro ? Supprimer les silos. « La principale difficulté que je rencontre est l’organisation des données issues de « l’ancien monde » qui comporte des systèmes n’ayant pas été prévus pour communiquer les données et fonctionner de manière transverse, encore moins en temps réel. Très souvent, nous devons mettre aux normes des systèmes et trouver des identifiants permettant de les faire communiquer entre eux. Nous avons eu le cas avec différents systèmes de réservation publicitaire au sein du groupe », détaille le CDO du groupe média.

Une fois les silos cassés, la création de reporting transversaux et de ‘use cases’ d’activation - en matière de publicité, de personnalisation et de recommandation - est possible. « Pour la régie publicitaire du groupe, cela nous permet de mieux cibler, d’aller chercher plus de performances. Pour la partie éditeur, l’enjeu est de proposer des contenus toujours plus conformes aux attentes des lecteurs », précise Samuel Profumo (Le Figaro).

« J'ai pour objectif de développer l’acquisition de données autour de trois axes forts : l’énergie, la mobilité et le « care », précise Nathalie Vernus-Prost, Chief Data Officer de Lyon Métropole.

Pour réaliser ses objectifs, Antoine Rial-Petat (BNP Paribas) doit définir une gouvernance des acteurs de la donnée, organiser les référentiels, déterminer quel est le référentiel maître, définir les nomenclatures… Passage obligé pour cela : capitaliser sur les « best practice » identifiées dans les standards DAMA (International professional association for data modelers, analysts, and information resource managers), ce qui implique notamment de passer par un dictionnaire de données.

3 - Quels sont les interlocuteurs du Chief Data Officer ?

Chez BNP Paribas, les interlocuteurs d’Antoine Rial-Petat sont tout d’abord les « data owners », qui possèdent l’expertise sur les différentes catégories de données. Il s’adresse aussi aux métiers qui utilisent ces données : les data users et les data stewards. « Les data stewards, comme leur nom l’indique indirectement, servent la donnée. Ils doivent donc être très sérieux dans la précision du renseignement, ils ont un rôle très important de contrôle de la donnée », précise Antoine Rial-Petat. Enfin, il doit y avoir des échanges fréquents avec ceux qui gèrent les grandes applications, comme la paye, la sécurité des accès, le référentiel immobilier, applications avec lesquelles les interactions sont nombreuses.

"Je m’appuie au quotidien sur un réseau d’administrateurs de données. Je suis par ailleurs en contact avec le département mobilité, les producteurs de données géographiques mais aussi avec les partenaires qui ont choisi de diffuser leurs données sur notre plate-forme data.grandlyon.com, comme par exemple Aéroports de Lyon », note Nathalie Vernus-Prost (Lyon Métropole).

"Je suis en contact avec toutes les DSI du groupe, elles portent la compétence sur la donnée et les compétences techniques, elles sont clés. Je travaille aussi beaucoup avec la direction marketing, pour tout ce qui touche aux usages", déclare Samuel Profumo (Le Figaro).

4 - Chief Data Officer : quelle entité de rattachement ?

A qui le Chief Data Officer reporte-t-il, quelle est sa direction de rattachement ? En la matière, aucune règle commune ne se dégage précisément. « Les configurations sont très variables. Cela peut arriver, mais c’est relativement rare, que le Chief Data Officer soit membre du comex. Le plus souvent, il est rattaché au directeur général ou à un membre du comité de direction tel que le directeur marketing ou l’autre CDO, le Chief Digital Officer», remarque Pierre Cannet (Blue Search Conseil).

Quand le Chief Data Officer est directement rattaché au Chief Digital Officer, des relations complexes peuvent se créer entre les deux personnes, allant parfois jusqu’au conflit d’intérêts. Si recoupement ou télescopage il y a, c’est généralement sur le terrain de l’omnicanal, de la stratégie clients ou de la connaissance client que cela survient. « Cela dit, le périmètre du Chief Digital Officer est bien plus large que celui du Chief Data Officer. En plus des enjeux liés à la data, le Chief Digital Officer doit également gérer le digital branding, l’e-commerce et, plus globalement, la transformation numérique de l’entreprise », note Pierre Cannet.

Nathalie Vernus-Prost (Lyon Métropole) est quant à elle rattachée à la direction de l’innovation numérique et des SI, elle-même rattachée à la délégation Développement économique et international, emploi et savoirs. « J’ai la chance d’avoir un positionnement transverse, je travaille avec l’ensemble des directions de la métropole », détaille-t-elle.

Le programme sur lequel travaille Antoine Rial-Petat (BNP Paribas) est logé à la DRH mais a des impacts sur un grand nombre d’usages hors RH. Samuel Profumo (Le Figaro) est, lui, directement rattaché à un membre du Comex du Figaro, Pascal Pouquet.

5 - Chief Digital Officer : double cursus obligatoire ?

« Les personnes qui viennent des filières statistiques - économètres, statisticiens… – occupent très souvent le poste de Chief Data Officer. On trouve aussi des profils venant d’écoles d’ingénieur, de type ENSAE-ENSAI. De manière plus rare, on peut aussi rencontrer des profils issus du conseil, donc moins orientés chiffres, des informaticiens et des marketeurs », avance Pierre Cannet (Blue Search Conseil).

Ce que l’on constate sur le terrain, c’est que le double cursus est souvent requis pour réussir dans ce poste. C’est le cas des trois CDO que nous avons interrogés. Nathalie Vernus-Prost (Lyon Métropole) a suivi une formation initiale en marketing mais elle a bénéficié d’une formation orientée SI au cours d’une de ses premières expériences professionnelles.

« Quand il faut convaincre les partenaires ou les startups d’agir sur le territoire, le volet marketing / communication me sert beaucoup. En revanche, la formation sur les gros systèmes d’information que j’ai suivie en début de carrière me sert à appréhender les technologies de la donnée comme Hadoop. La culture SI, mais aussi la culture des mathématiques, est indispensable pour mettre en place une gouvernance de la donnée et comprendre comment celle-ci est produite. Il faut comprendre toute la chaîne de valeur pour agir dessus, cela demande une vraie curiosité, il faut sans cesse remettre en cause ses connaissances », explique-t-elle.

Samuel Profumo (Le Figaro) possède, lui aussi, un double cursus. Diplômé de Telecom EM (ex INT Management), il jouit d’une double expertise en sciences du management et en TIC. « Il y a beaucoup d’IT dans notre quotidien. Il faut comprendre les technologies de la donnée - DMP, DSP, Hadoop, Sparc – mais aussi s’y connaître en analytics et en gestion de projet », note Samuel Profumo. Antoine Rial-Petat (BNP Paribas) a quant à lui suivi un cursus en sciences politiques doublé d’un Master de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, qui est une école d’ingénieur.

6 - Chief Data Officer : une fonction pour quel type d’entreprises ?

Il faut être une grande entreprise, plutôt BtoC, pour recruter un Chief Data Officer. Certains secteurs d’activité s’y prêtent plus que d’autres, comme la bancassurance, le tourisme, la distribution, les transports et, bien entendu, les médias.

Selon le cabinet d’études Gartner, 90% des grandes entreprises auront embauché un Chief Data Officer (CDO) d’ici 2019. Pour Mario Faria, Vice-Président en charge de la recherche chez Gartner, la raison en est simple : les entreprises commencent à comprendre l’énorme potentiel lié au digital et exigent une meilleure exploitation de leur patrimoine informationnel et des technologies analytiques. "Créer un poste de Chief Data Officer est une étape logique pour les entreprises qui veulent saisir les multiples opportunités qui émergent de la collecte massive de données et de leur exploitation », déclarait le dirigeant en janvier dernier sur son site.

« Le poste de Chief Data Officer n’est pas forcément nécessaire dans toutes les entreprises mais avoir une démarche de qualité de la donnée RH n’est plus une option, même pour une entreprise de 10 personnes. Un fichier Excel avec les données liées à chaque salarié est indispensable et ce, en toute transparence vis-à-vis de tout le monde », assure Antoine Rial-Petat (BNP Paribas).

Mais, tout comme le Chief Digital Officer, considéré par certains experts comme une fonction de transition amenée à disparaître dans quelques années, le Chief Data Officer a-t-il une durée de vie limitée ?

« Je fais souvent le parallèle entre les agendas 21 qui avaient pour but, il y a quelques années, de promouvoir le développement durable au sein des collectivités. Aujourd’hui, le développement durable a été intégré à l’action quotidienne par la majorité des acteurs publics. Il en sera de même pour la politique de la donnée dans quelques années. Les postes de Chief Digital Officer vont évoluer vers autre chose, vers l’innnovation numérique, l’IA, le data learning... Dans 5 ans, j’espère que j’aurai la chance de défricher de nouveaux sujets, qui n’existent peut-être pas encore aujourd’hui… », déclare, optimiste, Nathalie Vernus-Prost.

7 - Quelle rémunération pour un Chief Data Officer ?

Pour finir, question fatidique, combien coûte un Chief Data Officer ? « Les rémunérations sont en grosse évolution. Actuellement, les rémunérations sont au-dessus des 100 KE, avec un maximum de 200 KE dans les entreprises françaises », conclut Pierre Cannet.

Auteur : Fabrice Deblock, Directeur Communication et Evénementiel, Keley Consulting

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